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  • Photo du rédacteurAnouchka

Les vertus du récit thérapeutique : il faut être audacieux pour oser mourir à soi-même


     Le récit de vie est un acte biographique de libération des maux par la parole. Poser des mots sur son expérience de vie est un moyen de structurer le regard que l’on porte sur son existence. C’est également une implacable façon de devenir acteur de sa vie dans un premier temps. Pour l’objectiver dans un second temps. Avant de se sentir en mesure de la projeter sur un écran géant et de l’aborder, avec le recul nécessaire, à une mise à distance des évènements douloureux. La personne peut alors s’ancrer dans l’ici et maintenant et se visualiser dans l’avenir.


     Dans l’optique de bienveillance et d’humanité, le biographe se doit d’être à l’écoute de l’autre dans sa globalité, c’est-à-dire sur les faits, les émotions, les sentiments exprimés ou implicites. L’empathie, mécanisme de recul intellectuel qui consiste à comprendre les états émotionnels de l’autre, sans porter de jugement moral, est à différencier de la sympathie.

Il s’agit de s’ouvrir à l’autre, de se placer dans un état d’« écoute intellectuelle » et non simplement d’« écoute auditive ». Pour Tchouang-tseu : « L’écoute intellectuelle requiert un état de vacuité de toutes les facultés. Lorsque cet état est atteint, l’être tout entier est à l’écoute. On parvient à saisir directement ce qui est là, devant soi, ce qui ne peut jamais être entendu ou compris par l’esprit ». Il s’agit de créer un « espace d’écoute » pour permettre au narrateur de se reconnecter à lui-même. Et de lui offrir la possibilité d’un rendez-vous avec son propre récit de vie.


     Dans le sillage des études de J.-F. Malherbe, l’idée d’une « éthique du dialogue » octroie de favoriser le processus d’élaboration d’une parole « authentique » (J. Quintin, « L’art de la rencontre » [dir.] J. Quintin, Cheminer vers soi, Hommage à Jean-François Malherbe pour son soixantième anniversaire, Montréal, Liber, 2010). En effet, le danger de l’oralité se niche dans la capacité du narrateur à recourir dans certains cas à un faux self ; c’est-à-dire à se cacher derrière un masque pour embellir la réalité, parfois trop douloureuse. « Nous sommes tous de lopins, et de contexture si informe et diverse… » nous dit Montaigne dans les Essais, suggérant la lecture d’une quête de soi en tant qu’elle conduit à une impression de « difformité » de notre personnalité. De fait, cela rend difficile la narration lisse, uniforme.

Toutefois, il est possible d’accepter toutes nos incohérences, nos disparités internes, de consentir à l’imperfection, pour unifier nos récits de vies. Le biographe est à même de choisir les mots pour rassurer le narrateur afin qu’il dépasse le stade d’une identité de façade, tout en restant fidèle à son histoire.

Il s’agit de moduler, de ralentir, d’approfondir le travail de la narration pour aller cueillir l’émotion, au cœur de l’humain, sans fouler par effraction l’intimité du narrateur. La pratique de la maïeutique, chère au philosophe Socrate, ne peut être mise à l’écart dans cet accompagnement à « se raconter ». Car le pivot central réside dans la conduite du biographe ; en vue de favoriser l’expression du narrateur à formuler les vérités qui l’habitent au sujet de son récit de vie.


     Les témoignages de narrateurs sont éloquents :


-       Myriam : « C’était difficile de faire le récit et de réveiller mon parcours de vie chaotique, mais j’ai réussi, grâce à vous qui m’avez fait du bien ».

-       Agnès : « Je n’aurais jamais pensé que travailler avec une biographe puisse m’apporter autant. Vous avez su m’écouter, me pousser avec délicatesse jusqu’au fond de moi. Intervenir de façon judicieuse pour m’amener plus loin dans mon histoire de vie. Au cours de nos séances, je me suis re-découverte ».

-       Sandrine : « Me raconter, devant une biographe, me nouait les tripes. Pourtant, au regard de votre bienveillance, de votre sensibilité face à mon histoire de vie, j’ai déposé mes souffrances. Les mots se sont déliés au fil des séances et mes maux se sont apaisés. J’ai eu la sensation qu’ils se détachaient progressivement de moi ».

-       Jules : « Au quotidien, je suis un timide, plutôt taiseux. De mon temps, on ne montrait pas ses sentiments. Une forme de pudeur, sans doute. Mes enfants sont à l’origine de cet accompagnement à l’écriture. C’est la première fois que je laisse mes émotions s’exprimer sans crainte d’un jugement. Je n’avais jamais parlé de certains épisodes dramatiques de ma vie, avant de vous les confier ».


     Se libérer par l’oralité, en se racontant, est une traversée en pleine mer tempétueuse. Si les vertus du récit de soi sont thérapeutiques, la lecture de celui-ci me semble cathartique.

     Cueillir son histoire de vie dans toute son ambiguïté, c’est décider de rester en vie.

     Le passé est souvent un piège, le présent, un attrape-rêve, le futur, une île vierge.

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