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  • Photo du rédacteurAnouchka

Les émotions sont-elles nos meilleures ennemies ?

Dernière mise à jour : 14 mai 2020


« What is an emotion? » est le titre d’un article de William James paru en 1884 dans la revue Mind. James était à l’époque professeur de physiologie à l’Université de Harvard et devint en 1889 professeur de psychologie dans cette même université. Dès lors il fut considéré comme le « père de la psychologie ». Les philosophes de Platon à Descartes considéraient les émotions comme non désirables postulant que passions et raison étaient antinomiques. B.F Skinner, fondateur du Behaviorisme, concevait l’apprentissage comme une réponse positive en cas de récompense et une réponse négative dans le cas d’une punition - les émotions s’avéraient « inutiles et mauvaises pour la paix de notre esprit » - De nos jours, les psychologues cliniciens, sociaux et du développement étudient les émotions et reconnaissent leur fonction fondamentale au regard du « comportement social humain ». Ils définissent les fonctions des émotions comme suit :

  • Elles permettent de conserver une « cohésion des personnes » à l’intérieur même des groupes sociaux

  • Elles sont une aide pour prioriser les relations

  • Elles sont un signal de l’état de l’environnement pour l’individu

  • Elles sont aussi un signal pour les autres de « l’état motivationnel et émotionnel » de la personne qui ressent l’émotion

Bien que les émotions soient définies comme des « phénomènes internes » que l’on peut observer à la lumière des « expressions et comportements », la définition est cependant encore fluctuante et manque parfois de précision. Certains chercheurs comparent les émotions à des « états de ressenti » et les mesurent à l’aide de questionnaires d’auto-évaluation. Il en résulte que cette mesure n’est possible que si est seulement si la personne est consciente de cet état, capable de se frayer un accès vers cet état et de le « quantifier » ( Barrett, 2004). D’autres chercheurs qui les définissent en tant que « réactions physiologiques et de rétroaction du système nerveux périphérique » ( James, 1890; Lange, 1922) mesurent alors ces réactions en analysant la fréquence cardiaque ou la réponse électrodermale. Enfin, certains chercheurs les définissent « en terme d’évaluation cognitive et d’étiquetage ».

Il n’en demeure pas moins que les avis des chercheurs diffèrent quant aux causes des émotions. Keltner et Gross en 1999 décrivent les émotions « comme des patrons biologiquement fondés de perception, d’expérience, de physiologie, d’action et de communication, caractérisés par leur aspect épisodique, de courte durée et qui se produisent en réponse à des défis et opportunités physiques et sociaux spécifiques ».

Dès lors, il semble nécessaire de s’intéresser à la façon dont nous régulons nos émotions c’est à dire aux « processus » utilisés par les individus pour « influencer » les émotions ressenties ou non ressenties, « les situations dans lesquelles ils les éprouvent et la façon de les exprimer » (Gross, 1999). Si l’on postule que ces stratégies de régulation des émotions ont une incidence sur les différents « composants de processus émotionnel », il en résulte des conséquences sur les plans affectifs, cognitifs et sociaux. Si les individus communiquent et partagent ces émotions avec les autres c’est dans le but de « se sentir mieux ». Cette forme de communication avec les autres se nomme la « révélation sociale » (social disclosure) ou encore partage des émotions. Cette régulation réclame à l’individu :

  • De « prendre conscience de cet état », c’est à dire d’avoir une connaissance des émotions ainsi que la connaissance « des moyens de le modifier ».

  • Il est également nécessaire d’avoir conscience des « conséquences sur soi et sur les autres »

On comprend aisément l’absolue nécessité de bien appréhender le fonctionnement de nos émotions afin d’être à même de les réguler. Ainsi, pour les auteurs Fischer, Manstead, Everts, Timmers et Valk (2004), ce contrôle dépend de la « discordance » entre ce que ressent la personne et son désir conscient de ressenti ou d’expression.

Les émotions sont un processus à composantes multiples : c’est « l’évaluation de la situation qui induit l’émotion » - ce qu’on nomme l’antécédent - et « un ensemble coordonné de réponses émotionnelles telles que : sentiment subjectif, réponses physiologiques et expressives et les tendances comportementales ». Selon Cross (1998, 1999), il existe deux types de régulation émotionnelle :

1- « Régulation centrée sur les antécédents émotionnels » (antecedent-focused regulation) qui intervient avant même l’activation complète de l’émotion

2- « Régulation centrée sur les réponses émotionnelles » (reponse-focused régulation) dont l’intervention est plus tardive dans le processus émotionnel. Il modifie les « aspects subjectifs et expressifs ou physiologiques de l’émotion ».

Il convient de préciser que selon une étude de Muraven et collaborateurs (1998), réguler volontairement son comportement expressif conduirait à une diminution des ressources cognitives entrainant une détérioration des performances sur d’autres tâches coûteuses sur un plan cognitif. En outre, inhiber volontairement des expressions émotionnelles amènerait à des « modifications dans la « focalisation de l’attention de soi (self-focus) et dans le monitorage de soi (self-monitoring) ». Ces tentatives de régulation ont des conséquences au niveau :

  • Cognitif : suppression de la mémoire des détails qui pourrait aboutir à influencer les « jugements sociaux »

  • Social : peut entraîner une stéréotypie, une mauvaise compréhension, voire une « frustration » de l’interlocuteur.


Pour conclure, les émotions s’inscrivent dans une durée limitée dans le temps, passent comme les nuages dans le ciel tandis que les sentiments s’ancrent dans nos pensées de façon durable. Les émotions font partie intégrante de notre mode de fonctionnement; se couper de nos émotions reviendrait à se couper du monde et des autres, à renoncer à un mode de communication. Plutôt que de chercher à supprimer l’expression émotionnelle, il est préférable de réévaluer une situation en excluant l’aspect émotionnel; cela permet d’escamoter les émotions non désirées.


Bibliographie


  • Maury, L.(1993). « What is an emotion ? ». Dans : L.Maury, Les émotions de Darwin à Freud. 49-64. Paris cedex 14, France : Presses Universitaires de France.

  • Niedenthala, P., Krauth-Gruber, S. & Ric, F. ( 2009). Chap.1. Que sont les émotions et comment sont-elles étudiées? Dans : Krauth-Gruber, S., Niedenthal, P. &Ric, F. (Dir), Comprendre les émotions : Perspectives cognitives et psycho-sociales. 9-45 . Wavre, Belgique : Mardaga.

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