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  • Photo du rédacteurAnouchka

La psychologie positive : un nouveau souffle pour la psychothérapie


Dans le dernier article, nous avons pu appréhender le lien indissociable qui unit la résilience et la psychologie positive à travers deux notions clés de la résilience, à savoir, la recherche de sens et la spiritualité. Dans cet article, nous traiterons des thérapies en lien avec la psychologie positive et tenterons de montrer leur apport clinique et le lien qu’elles entretiennent entre elles. Ainsi, nous aborderons la Logothérapie, la Thérapie centrée sur la personne, la Gestion des émotions et une ébauche de la Bibliothérapie - thème déjà largement abordé dans de précédents articles -

Des études récentes datant de 2008 de Keese, Currier et Naimeyer se sont intéressées à la recherche de sens des patients qui avaient perdu un enfant. 157 patients ont été évalués à l’aide du Core Bereavement Items - questionnaire évaluant les éléments personnels, cognitifs et émotionnels du deuil sain - et de l’Inventory of Complicated Grief - questionnaire évaluant les réactions désadaptées du deuil - Recherche de sens et recherche de gains ont été évaluées à partir d’une question ouverte de type qualitatif et d’une mesure quantitative à l’aide de l’échelle de Likert. Les résultats de cette recherche concluent que l’aptitude à donner un sens à l’évènement traumatisant est « de loin le plus grand prédicateur du niveau d’adaptation » (Chouinard, Melançon et Mandeville, 2012). En outre, cette recherche a démontré que les parents ayant été incapables de donner un sens soient 30 % des participants et les parents ayant donné très peu de sens soient 17% à la mort d’un enfant se font l’écho d’une détresse plus « intense » que les autres participants. Une autre expérience de Frankl relate qu’un patient médecin âgé qui ne se remettait pas de la mort de sa femme depuis deux ans s’était senti soulagé de sa souffrance lorsque celle-ci avait pris un sens, comprenant que cette souffrance épargnée à sa femme, en l’occurrence de pleurer son défunt mari était « le prix à payer pour lui, en la pleurant ».

De nombreux établissements se sont penchés sur les liens entre bien-être dans le milieu du travail et qualité du travail fourni. Ainsi, le Centre de réadaptation Estrie, établi depuis plus de 30 ans à Sherbrooke, agglomération québécoise a fait l’objet d’une remise en question en appliquant la philosophie Planetree - organisme mis sur pied aux Etats Unis dans les années 80 - c’est à dire une philosophie de soin et de gestion dans les milieux hospitaliers, « pratiques axées sur la dignité, la bonté, la compassion » ( Chouinard, Melançon et Mandeville, 2012). Cet établissement s’est fortement inspiré des travaux de l’Association des ergothérapeutes du Canada afin de définir la notion de spiritualité autour de celle du sens de la vie ( Law, Polatajko, Baptiste et Townsend, 2002). Ainsi posées les bases de cette nouvelle approche de la maladie et de la mort, faisant appel à l’adversité, l’approche narrative va permettre de s’intéresser à l’histoire de vie du patient afin de mettre en lumière la « composante spirituelle de son existence » ( Brown and Augusta-Scott, 2007).

Il n’est par conséquent plus question de se borner à traiter le patient uniquement en prenant en compte l’aspect psychopathologique mais plutôt de « saisir l’essence de l’expérience subjective du patient et le contexte dans lequel son expérience s’inscrit » ( Mattingly, 1999). Il va s’agir d’utiliser cette exploration structurée de l’histoire de vie du patient afin de dégager les éléments clés en particuliers les dimensions ayant un sens pour le patient dans des plans d’intervention (Kirsch, 1996). Cette approche narrative a précédé l’expérience de transformation et de soutien de la résilience qu’est Le Fil d’Arianne. Cette expression est issue de la mythologie grecque, et plus particulièrement de l’histoire de Thésée, vainqueur du Minotaure, sorti du labyrinthe grâce au fil de soie que lui avait remis Ariane. De nos jours, cette expression suggère un fil conducteur dans la vie des patients et permet une aide efficace aux soignants.

La forme narrative du Fil d’Ariane a été suggérée par l’anthropologue Cheryl Mattingly en 2007 qui affirme que dérouler son histoire de vie en la narrant à une tierce personne permet au patient de lui donner une cohérence ainsi qu’un sens à sa vie, au moment même où la maladie n’avait déployé que « confusion et chaos ». Ce récit fournit un portrait du patient non accessible grâce aux outils d’évaluation clinique conventionnels. En outre, cette reconstitution organisée de la vie du patient lui permet de se situer au centre de son histoire et de lui faire toucher du doigts ses « perceptions, ses croyances, ses forces et les valeurs » qui l’animent et re-lient son passé à son vécu présent. Quant au contenu de l’approche narrative, il découle des travaux sur la logothérapie - thérapie centrée sur le sens - du philosophe et psychiatre Victor Frankl (2006), un rescapé des camps de concentration nazis.Théoricien de l’analyse existentielle, Frankl a développé une clinique ancrée dans la compréhension et le traitement du psychotraumatisme. Il exerça une influence discrète mais réelle sur la psychologie humaniste et sur l’école de Palo Alto. Son institut de Vienne regroupe les formations, groupes de travail et de recherches qui se réclament de la logothérapie dans le monde.

La logothérapie et l’analyse existentielle sont aux fondements de la thérapie instaurée par Frankl : la logothérapie étant le versant clinique et l’analyse existentielle, le versant philosophique et anthropologique. Cette thérapie est centrée sur le sens entendu non pas comme donné mais comme se donnant « à la fois direction, contenu et sensibilité » ( Sarfati, 2013). Pour Frankl nous ne sommes pas créateurs de toutes les possibilités de donner un sens à notre vie dans la mesure où il postule notre lien à notre culture. Nous sommes en mesure de sélectionner certaines valeurs que Frankl qualifie d’ « objectives ». Il contextualise la « crise de sens » dans le cadre d’une « crise de la culture et de mutations générales des temps modernes qui ont fini par avoir raison des cadres et liens traditionnels » - cette « crise de sens » conduit les personnes à l’épreuve du « vide de sens » ou de la « frustration du principe de sens » et à une névrose Noogène que Sarfati (2013) nomme « névrose collective » - Frankl attribue la menace de la quête personnelle de sens à la « massification » dans sa forme contemporaine, à savoir : « le conformisme des sociétés consuméristes et le totalitarisme des sociétés policières » (Sarfati, 2013). La logothérapie est une aide précieuse bien que complémentaire aux autres thérapies dans l’optique d’une désorganisation du sujet suite à l’épreuve de la perte de sens en période post-traumatique.

Quant à l’analyse existentielle ou existanzanalyse, elle s’appuie sur la phénoménologie de Husserl dont Frankl poursuit la critique qu’il nomme « le réductionnisme » consistant pour les sciences à cantonner l’être dans un carcan d’ « objet de connaissance ». Empruntant au sociologue et philosophe allemand Max Scheler sa conception de l’être humain qui ne se borne pas à un corps et un esprit, Frankl élève l’être humain à la spiritualité c’est à dire à la dimension « noétique » selon sa propre expression. Il s’agit de déployer sa vie selon un système de valeurs qui permet à la dimension spirituelle de s’épanouir grâce à un auto-dépassement - capacité du sujet à tracer une voie future qui dépasse les objectifs immédiats - , à une auto-distanciation - aptitude à une prise de recul face à des choix -; pour nommer ce processus d’autodétermination, Frankl emploie le terme de « noodynamique » du grec « noos » - esprit, et littéralement dynamique spirituelle - L’analyse existentielle est une analyse à partir de l’existence et non pas une analyse de l’existence, ce qui serait une analyse beaucoup trop abstraite ( Sarfati, 2013). Le sujet en tant qu’être libre est à même de se montrer apte à déterminer le sens et la quête de sa vie et de puiser dans ses ressources propres afin d’y parvenir.


En outre, Elisabeth Lukas a travaillé à enrichir et diffuser la logothérapie en mettant au point une thérapie de groupe (Lukas, 2002) qui repose sur une assertion du thérapeute qui s’adresse au groupe en formulant le discours suivant : « le but de la séance n’est pas de parler de nos faiblesses et de nos difficultés d’ordre psychique, mais des forces positives et des bonnes aptitudes que chacun porte en soi », en précisant bien qu’il n’est en aucun cas question de ne pas « savoir ce qui (les) fait souffrir », ni même de le « refouler », mais « d’avoir égard aux autres participants du groupe, lesquels ne pourraient guère concentrer leur attention sur les aspects positifs de leur vie si constamment ils sont concentrés à ces aspects négatifs ». Au fil des séances, les patients se montrèrent satisfaits de cette thérapie de groupe et ne regrettèrent en rien une thérapie individuelle; ils avouèrent même que leurs problèmes initiaux avaient pâli par rapport au début de la thérapie, perdant de leur intensité avec le temps.

La logothérapie est une des thérapies qui peut être rattachée à la psychologie positive, il en existe d’autres telles que la Thérapie centrée sur la personne et la Gestion des émotions. Il n’est pas superflu de rappeler que le sentiment de bien -être ne peut être atteint chez une personne que si celle-ci a un sentiment authentique de posséder une harmonie en concordance avec ses valeurs. La thérapie est un moyen pour les personnes d’apprentissage des valeurs et de certaines aptitudes cognitives constructives telles que : « le courage, les compétences relationnelles, la pensée logique, une vision optimiste et les capacités à dédramatiser une situation, à donner un sens à sa vie, à savoir prendre du plaisir, à se centrer sur le futur et non pas sur le passé et ses échecs ainsi qu’à développer une vision réaliste » (Angel, Marteau, Lecomte, 2014).

Concernant la Thérapie centrée sur la personne, elle place l’empathie au centre de son intervention. Carl Rogers, un des grands noms de la psychologie humaniste est à l’origine de la thérapie qualifiée d’ « Approche centrée sur la personne » qui repose sur trois piliers fondamentaux, à savoir : la congruence (ou authenticité), la considération et l’empathie (Rogers, 1968). En outre, il s’est penché sur un « processus qui entraîne une ouverture accrue à l’expérience » ( Angel, Marteau et Lecomte, 2014) : « la vie pleine ». Carl Rogers insiste sur le fait que la réussite de la thérapie est en lien étroit avec la relation entre le thérapeute et le patient : « relation de personne à personne ». Cette affirmation de Rogers est démontrée par une méta-analyse - synthèse statistique de la littérature scientifique - concentrée sur le rôle de l’empathie. Elle regroupe les données de 47 études totalisant 3026 clients. Selon les auteurs, Greenberg et collaborateurs (2001), les résultats prouvent que l’empathie « favorise l’exploration et la création de sens de la part des patients, aide à penser de manière plus positive et enfin, facilite la gestion des émotions » ( Angel, Marteau et Lecomte, 2014). En outre, Martin et collaborateurs constatent suite à une autre méta-analyse (2000) que l’ alliance est thérapeutique en elle-même si elle est « bien adaptée ». Le terme d’ « alliance thérapeutique » est un concept instaurée par Cungi en 2006; il désigne à la fois la relation entre le thérapeute et le patient ( c’est à dire le lien affectif) mais aussi leur collaboration pour mener à bien le traitement. Plus récemment, l’ « entretien motivationnel » puise ses fondements dans la Thérapie centrée sur la personne de Carl Rogers et le rôle de l’empathie (Miller et Rollnick).


Quant à la Gestion des émotions, elle représente une source majeure de bien-être même si la plupart du temps, nous ne prenons pas la mesure, ni la conscience de nos « états affectifs ». Nous sommes pourtant des « êtres émotionnels » et notre « état affectif » influence grandement notre vision du monde extérieur. Ainsi si nous sommes tristes, nous aurons tendance à percevoir et mettre au premier plan les « informations pénibles » et si nous sommes inquiets, à exacerber notre perception des signaux dangereux. Le processus émotionnel est le suivant : la situation ou la survenue d’un évènement déclenche une cognition inadéquate qui elle-même déclenche à son tour une émotion inadéquate qui peut se montrer dévastatrice si la personne ne contrôle pas ses effets. La bonne nouvelle c’est que nous pouvons apprendre à connaître, anticiper et maitriser nos émotions. Parmi les émotions inadéquates, nous pouvons citer : l’anxiété, la dépression, la colère, la culpabilité, la honte, la jalousie… La dépression peut conduire au suicide, l’angoisse est inhibitrice, la colère peut conduire à des actes violents et transgressifs des codes sociaux ou culturels. La non maitrise des émotions entraine des conséquences importantes telles que : maux de ventre, tachycardie, crises d’angoisse, troubles du comportement, mal-être, conflits interpersonnels ( Angel, Marteau et Lecomte, 2014). Repérer ces schémas cognitifs inadéquates est une première étape importante mais elle ne suffit pas, il est nécessaire de mettre au quotidien en place des actes qui permettront de susciter des moments de bien-être. Pour une personne déprimée, il pourra s’agir par exemple de marcher chaque jour dans un parc ou dans la campagne, d’écouter de la musique, d’offrir un cadeau car contrairement à ce que dicte le sens commun, des études ont démontré qu’offrir un cadeau à quelqu’un rend plus heureux que de s’offrir un cadeau à soi-même.


Enfin, j’ajoute que bibliothérapie est un moteur puissant si l’on a recours aux conseils d’un bibliothérapeute qui pourra prescrire le ou les ouvrages utiles et vous aider à décortiquer avec le support des ouvrages votre mal être et vous permettre de retrouver la voie d’un épanouissement réel.


En conclusion, la psychologie positive résolument tournée vers le bien-être des personnes et le développement des aptitudes de chacun en vue de réussir une vie épanouie s’éloigne définitivement des thérapies centrées uniquement sur l’aspect psychopathologique des personnes. Il existe plusieurs thérapies en lien avec la psychologie positive parmi lesquelles : la logothérapie, la thérapie centrée sur la personne et la gestion des émotions. J’ajouterais la bibilothérapie prescritive qui bien qu’elle soit encore peu connue et peu implantée en Europe me semble au regard des résultats démontrés par de nombreuses études au Royaume Unis et aux Etats Unis ( je vous renvoie à mon article sur la Bibliothérapie éclairée par la science ), une réelle voie à l’épanouissement des personnes et d’une vie réussie. Si un fil conducteur est à déterminer au regard de ses quatre thérapies, il me semble qu’il réside dans l’empathie entre patient et thérapeute, c’est à dire dans « l’alliance thérapeutique », dans le postulat qui affirme que l’être humain n’est pas uniquement corps et esprit, mais qu’il est en capacité de s’élever sur un plan spirituel - c’est à dire de trouver un sens à sa vie grâce à ses propres aptitudes - et enfin que l’être humain a le pouvoir d’agir sur les évènements par la puissance de l’apprentissage à gérer ses états émotionnels mais aussi à porter un regard éclairé sur les situations afin de leur apporter une relecture qui s’acheminera vers une réévaluation positive de la situation.


Bibliographie


  • Angel, P., Marteau, F. Et Lecomte, J. (2014). Chapitre 6. La psychologie positive : un nouvel élan pour la psychothérapie? Dans : Jacques Lecomte éd., Introduction à la psychologie positive ( pp. 93-106). Paris : Dunod.

  • Chouinard, J., Melançon, G. Et Mandeville, L. (2012). Le fil d’Ariane : un outil favorisant la résilience en réadaptation. Les Cahiers Internationaux de Psychologie Positive, numéro 93(1), 135-157.

  • Sarfati, G. (2013). 4. V. Frankl : l’Analyse existentielle et la logothérapie. Dans : Marianne Kédia éd., L’Aide-mémoire de psychotraumatologie : en 49 notions (pp. 26-39). Paris : Dunod.


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