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  • Photo du rédacteurAnouchka

La bibliothérapie : approche littéraire



Il est possible de classer les livres suivant 3 catégories :

  • Le répertoire dit « classique », à savoir, les romans, les biographies, les fictions.

Ces livres présentent un intérêt thérapeutique pour le patient mais n’ont pas été écrits dans une

optique particulière de « soin ».

  • Les ouvrages de psychologie dits « grand public », de type développement personnel, explication d’un courant de pensée psychologique….

  • Les « Self-help book », c’est à dire des livres documentaires d’auto-traitement, inspirés du modèle cognitivo-comportemental.

Ces différents ouvrages seront des outils thérapeutiques dans le cadre d’une intervention bibliothérapeutique. Nous traiterons dans cet article de la bibliothérapie dans son approche littéraire, de ses vertus thérapeutiques en référence à la littérature et à la philosophie en abordant l’étude de quatre notions : la catharsis, l’impulsion, la temporalité et l’herméneutique.


  • 1 - La catharsis


Pour Aristote, la catharsis est le processus qui permet de transformer « le trouble où nous jette le spectacle tragique…. En une joie esthétique ». Elle est « le plaisir du texte » pour Roland Barthes.

La tragédie permet d’éprouver la pitié et la crainte mais aussi la purgation qui « accompagne le vécu de ses émotions ».

La catharsis peut être rapprochée de la lecture en tant qu’elle permet comme la tragédie de vivre des émotions similaires à celles que nous vivons dans la vie réelle. Toutefois, les émotions ressenties en cours de lecture sont débarrassées de toute « violence » puisque cette expérience émotionnelle se vit « à travers le prisme d’une représentation esthétique », d’ « une joie esthétique ».

Pour Aristote, la tragédie est un système clos puisque comportant nécessairement un début et une fin et cela permet de rendre l’intrigue « crédible, compréhensible, voire réaliste ». Il en découle que l’écriture dramatique s’inscrit dans la champ de la praxis, de la phronèsis, c’est à dire de ce que Paul Ricoeur appelle « l’intelligence de l’action ». Paul Ricoeur désigne le narrateur comme étant celui qui « crée ou recrée la réalité et son ordre de déroulement ».


  • 2 - L’impulsion


Dans son ouvrage Sur la lecture, Marcel Proust développe le concept de bibliothérapie en prenant le cas d’un patient atteint de dépression modérée à majeure. Le patient atteint de « dépression spirituelle » se trouve dans « une impossibilité de vouloir », réduit à la « passivité », il ne peut se sortir seul de « l’ornière ». Il doit par conséquent recourir à une « impulsion extérieure » qui lui permettra de « remettre en branle son activité créatrice ». Ce processus est bien celui de la lecture. Mais Proust précise que la lecture agit comme « une incitation » mais ne peut pas « se substituer » à la capacité de « vouloir ».

Proust élève la lecture au rang de « discipline curative » capable de tenir un « rôle analogue à celui de psychothérapeutes auprès de certains neurasthéniques ».


- 3 - La temporalité


Pour Marc-Alain Ouaknin, l’oeuvre de Proust est une « petite fabrique du temps » par l’intermédiaire de la narration, de la lecture et de l’écriture. On peut en déduire que la temporalité est bien au centre de la bibliopthérapie. Paul Ricoeur dans sa trilogie Temps et Récit débat de la réflexion bibliothérapeutique autour du noeud central qu’est le temps : « son accession, sa fabrication et la rencontre entre l’homme et le temps grâce au récit ». Paul Ricoeur tente de répondre à la question : « Qu’est-que le temps ? ». Il répond que le récit est le seul à pouvoir « relancer le défi lancé à la pensée » au regard de l’imperceptibilité du temps. Le temps est « humain » si et seulement si « il est articulé de manière narrative ». (Jean Grondin)

On peut dénombrer trois modalités concernant le rapport de l’homme au temps :

  • 2 modalités nous sont proposées par Kimura Bin - le temps éprouvé, c’est à dire être conscient du temps et le temps vécu, c’est à dire vivre le temps -

  • une modalité proposée par Marc- Alain Ouaknin - le temps conceptualisé, c’est à dire, penser le temps -

La bibiothérapie entre dans le champ du temps vécu puisqu’elle puise ses racines dans « les effets du récit ».

La dépression est une « perturbation » de la capacité à appréhender le temps. Elle peut être considérée comme « une amputation du futur ». Futur et passé sont intimement liés; en effet, il est impossible de penser le futur sans appréhender le passé.

Marc-Alain Ouaknin rapproche les « maladies de l’âme » aux « maladies du temps ». Plus qu’un remède contre la dépression, il accorde à la lecture la capacité de permettre « une réinsertion dans une temporalité harmonique où le futur puise sa force dans le passé et où la mémoire donne des ailes à l’espoir ».


  • 4 - L’herméneutique -

Le mot herméneutique vient du grec hermeneutiké, l’art d’interpréter qui fait référence à la parole et du grec Hermès, le messager des dieux et interprète de leurs ordres. L’herméneutique peut être définie comme la science de l’interprétation des textes philosophiques et religieux. Marc-Alain Ouaknin note que le livre n’existerait pas si il n’y avait pas de « bouche » pour le lire et que le livre n’existerait pas sans « interprétation ».

Gaston Bachelard dans son livre La poétique de l’espace nous invite à une promenade à travers les mots, les comparant à de « petites maisons ». Au « rez de chaussée » réside le « sens commun », tandis que si l’on monte « l’escalier du mot », l’on s’abstrait, et que si l’on descend « à la cave », on se perd dans « les couloirs d’une étymologie incertaine ».

Lire de façon bibliothérapeutique est admettre que chaque lecture est en puissance un être en devenir, de même que le monde est en puissance une création de l’homme. Dès lors, la création ne peut advenir sans « un déchirement, un éclatement de ce qui préexiste ». Il s’agit par conséquent de retrouver dans le texte ce moment de « déchirement » et ce mouvement incessant de soi à soi et de « soi-même comme un autre » ( Titre d’un livre de Paul Ricoeur ).


En conclusion, la bibliothérapie démontre son utilité pour Freud qui compare les traitements de l’âme aux « traitements des troubles psychiques et corporels », dont le moyen est « avant tout le mot et les mots sont bien l’outil essentiel du traitement psychique ». Il lie le champ de son activité psychanalytique à celle de la littérature lorsqu’il déclare : « Partout où je suis allé, un poète était allé avant moi ».


Bibliographie


  • Bachelard, G., 1975. La poétique de l’espace, PUF.

  • Bin, K., 1992. Ecrits de psychopathologie phénoménologique, PUF.

  • Bonnet, P. A. ( 2011 ). La bibliothérapie en médecine générale ( Thèse de doctorat ). Consulté sur TEL archives ouvertes ( 00641546 ).

  • Grondin, J. « L’herméneutique positive de Paul Ricoeur », in « Temps et Récit » de Paul Ricoeur en débat, op. cit., p 127.

  • Ouaknin, M. A., 2016, Bibliothérapie : Lire, c’est guérir, Seuil

  • Proust, M., 1993, Sur la lecture, Actes Sud.

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